Les liens, même difficiles
Photographe de famille et de lignée à Nantes
Il y a des familles où pèse une gravité. Quelqu'un manque. Ou quelqu'un s'ajoute. On se recompose. On reste une famille avec un seul parent. Je n'ai pas eu le sentiment d'en être moins une le jour où il n'est resté que ma mère et nous. Une photo de famille montre les liens. Même difficiles.
De mon père vivant, je n'ai qu'un souvenir. Un seul. Il n'est pas beau. Je sais pourtant qu'il m'aimait. Je le sais autrement. Les images qui me restent de lui sont posées. On regarde l'objectif. On sourit si le cœur y est. On sourit aussi quand il faut. Il est mort. J'étais enfant.
Le deuil est fait. Depuis longtemps. Mais il me vient parfois, dans les familles, quelque chose que je ne sais pas dire. Peut-être de n'avoir pas photographié la mienne à temps.
C'est de là que je sais ce que vaut une famille. Pas la famille alignée, tournée vers l'appareil. Je ne fais pas aligner.
Les grands-parents sont les bienvenus. Je n'ai pas connu les miens ; j'ai eu une grand-mère de cœur. On décide parfois de faire famille. J'ai des sœurs.
Un neveu qui arrive. Une grossesse. Des retrouvailles après des années. Ce sont ces jours-là qu'on veut garder.
Dans certaines maisons, on ne dit pas « je t'aime ». Ce n'est pas un langage égal à l'autre — c'est un manque, même tendre. Ma mère n'était pas câline ; c'était les cadeaux, la cuisine. Je l'ai compris tard. L'amour se dit parfois sans les mots. Il coûte, aussi, de les taire.
Je n'impose pas de style. Chaque famille appelle sa propre forme — c'est ma seule constante. Mon travail : donner une forme à des liens qui ne s'expriment pas seuls. Une photo réussie rend compte de ce que chacun a de singulier. On voit le groupe, sans que l'un passe avant l'autre. Quand je peux, je rencontre votre famille avant.
Je viens là où votre vie se passe. Chez vous. Dans un lieu qui compte. Mon studio est neutre ; la mémoire tient à vos lieux. C'est de vous qu'il s'agit.
En pratique — des images numériques, des tirages en option. Je me déplace dans l'agglomération nantaise. Il existe aussi un format signature, avec Anne Chevalme : la langue des signes, le toucher — le langage et le corps, dans une image qui parle de liens. À dire lors de la prise de contact.
Ces images sont une preuve. Elles sont pour plus tard. Aujourd'hui, elles ne disent pas encore tout ce qu'elles valent. Un jour, on voudra retrouver un lien. Elles seront là. À temps.