Une image plus juste que celle que vous aviez avant
Il y a des visages qu'on photographie, et il y a des visages qu'on écoute. Je n'ai jamais vraiment su faire la différence entre les deux — on m'a souvent reproché de m'attarder trop longtemps avant de lever l'appareil, comme si j'attendais une permission que personne ne m'avait promise.
Il y a des personnes qui arrivent ici après avoir longtemps hésité, à comparer des portraits sans trouver celui qui leur correspond. D'autres écrivent le jour même, sans avoir cherché ailleurs, parce qu'un mot ou une image a suffi. Dans les deux cas, le message ne dit pas tout de ce qui se joue en dessous. Une opération vient d'avoir lieu. Un métier se referme sur un autre qui commence. Une candidature est à déposer avant une date qui approche, pour une place qu'on visait déjà il y a longtemps. Ce qui relie ces situations n'est pas leur nature, c'est qu'aucune photo existante ne convient plus.
On me demande parfois de photographier un visage tel qu'il est. Parfois la demande est plus étroite : un angle flatteur, une image qui retienne l'attention le temps d'un scroll, rien de plus revendiqué que ça — et c'est une demande aussi légitime qu'une autre. Une personne m'a écrit une fois qu'elle ne savait pas ce qu'elle voulait qu'on garde d'elle, ni même ce qu'une photographie pouvait raisonnablement offrir dans sa situation. Je n'ai pas de réponse toute faite à cette phrase. Je sais seulement qu'on peut commencer sans elle.
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Une séance vérité se construit à deux, et les deux rôles ne sont pas interchangeables. Je m'occupe du cadre : la lumière, l'angle, le rythme des poses, les choix techniques qui font qu'un visage se livre ou se ferme devant l'objectif. Ce qui sort de la séance — ce qui est gardé, montré, écarté — appartient à la personne photographiée. Une image que je considère réussie peut très bien ne jamais être choisie ; ce n'est pas à moi d'en décider autrement.
Confier ce cadre à quelqu'un d'autre suppose d'accepter d'être regardé avant de savoir ce que ce regard va trouver. Cela demande quelque chose, avant même de recevoir quoi que ce soit en retour. Une personne m'a écrit un jour qu'elle imaginait qu'un photographe pouvait voir des choses qui échappent à l'entourage le plus proche — et que sa part à elle, dans cet échange, était d'assumer d'avance ce qu'elle allait découvrir sur elle-même. Je retiens cette phrase parce qu'elle dit exactement où s'arrête mon rôle. Je peux composer une image plus juste que celle qu'on avait avant. Je ne peux pas décider, à la place de quelqu'un, de ce que cette image va lui faire.
Ce travail se tient à distance d'un accompagnement psychologique ou d'une démarche de développement personnel. Son ambition tient dans un espace plus étroit : une heure ou deux données entièrement à être regardé par quelqu'un dont c'est le métier, sans avoir à s'expliquer avant d'arriver.
Si vous n'avez pas encore les mots pour dire ce que vous cherchez, cela ne pose pas de problème pour commencer. On en parle avant la séance, par écrit puis de vive voix, et le travail démarre à partir de ce que vous savez déjà — même si cela tient en une ligne, ou en une hésitation.