Avant le monde | Photographe documentaire à Nantes — Yachoki

Avant le monde

Photographe documentaire à Nantes

Je pense à la Pride.

Une école d'esthétique, un jour. Une intervention, la mienne. Dans un module animé par des drags, j'ai fait la connaissance de deux d'entre elles. Connues, sur la scène nantaise. Une rencontre parmi d'autres, ce jour-là. On ne sait pas encore ce qu'elle deviendra.

Le temps a passé. Elles sont entrées en contact avec moi. Pour la Pride.

Par le passé, j'y avais assisté. De l'extérieur. Dans la foule, comme n'importe qui. On regarde ce qui arrive, déjà fait, déjà prêt. On ne voit jamais le avant.

Cette fois, elles m'ont convié à leur préparation. Une chambre d'hôtel, réservée pour l'occasion. Une porte qui s'ouvre, qui d'habitude reste fermée.

Les préparatifs. C'est ce que je préfère.

Chacune affairée à ce qu'elle a à faire. Personne ne pose pour personne. On assiste, peu à peu, à une métamorphose. Une mise en place, lente, sans regard extérieur pour la presser. Le public n'est pas là. Il n'y a aucune performance. Il y a une chambre, et ce qui s'y passe avant que quoi que ce soit ne commence.

C'est cet avant que je cherche. Pas la scène, pas le public, pas ce qui est déjà donné à voir. Ce n'est pas que je ne photographie pas la fête. C'est que je préfère ce qui la précède — quitte à ce que ça n'intéresse que moi.

Puis, quand elles furent prêtes, je les ai suivies. Au village.

Passer d'un cocon au monde. Plein de foule. Un seuil, une porte, et tout change de l'autre côté — le bruit, le nombre, le regard des autres qui reprend ses droits.

Ensuite, la fête. J'y photographie aussi.

Ce mécanisme n'est pas propre à la Pride. Des structures, des entreprises, me contactent de la même façon. On m'invite à l'événement.

Je livre ce qui est juste. Quand je suis libre d'expérimenter, je réalise des images et une capsule vidéo.