À PROPOS
Mon rêve d'enfant était celui-là. Une phrase l'a arrêté : trouve-toi un vrai métier.
Alors j'ai cherché ailleurs. Des années en aviation d'affaires. Steward. Chef de cabine. Hôte de bord VVIP. Le monde défiler par un hublot. Des visages dans des fuseaux horaires que personne ne connaît. Le silence de ceux qui servent.
L'appareil n'a jamais quitté mon bagage. Le regard ne s'apprend pas dans une école. Le mien s'est construit dans les terminaux, les salles d'embarquement. Dans tous les endroits où personne ne regarde.
Le jour où j'ai posé mes valises, ce n'était pas un changement de carrière. C'était un retour. Le métier que je fais aujourd'hui est celui que j'ai toujours fait — observer les gens. La seule différence, c'est que maintenant j'en fais des images.
Un studio à Nantes. Un lieu pour un seul travail. La lumière y est pensée. Ce n'est pas un décor.
Ce qui m'intéresse, c'est ce qui est vrai chez la personne en face. Ce qu'elle porte sans le montrer. Ce qui reste d'un visage quand on arrête de le contrôler.
Chaque être humain mérite d'être vu dans sa vérité, au moins une fois, par quelqu'un dont le regard n'est pas pollué par ce qu'il croit être.
Devant mon objectif, les gens disent des choses qu'ils n'avaient jamais dites à voix haute. Il y a des images qui restent. Ce qui ne se voit pas ici n'est pas absent — il est gardé. La relation précède toujours l'image. Ce qui se passe ensuite ne se raconte pas sur une page. Ça se vit.