Ce que le miroir ne montre pas

Le miroir inverse. L'image qu'on voit en se regardant n'est pas celle que les autres voient — elle est retournée, légèrement décalée, filtrée par le fait qu'on est derrière ses propres yeux et qu'on ne peut pas sortir de là pour se voir vraiment.

Ce que quelqu'un d'autre peut voir — ce qu'un portraitiste voit quand il regarde avant d'appuyer sur quoi que ce soit — c'est l'extérieur de quelqu'un qui ne peut accéder qu'à son intérieur. Pas pour l'embellir. Pour le tenir.

Certains arrivent avec un écart précis à traverser. Les autres les voient d'une façon — forte, inaccessible, déjà arrivée. Eux savent que cette image-là est partielle. Ils veulent une image qui tienne l'autre côté — pas pour le prouver aux autres, mais parce qu'ils n'ont jamais eu une image de soi qui corresponde à ce qu'ils savent d'eux-mêmes.

D'autres arrivent sans savoir exactement ce qui manque. Juste quelque chose derrière les yeux qui n'a jamais été vu — une façon d'être présent dans le monde qui précède la pose, qui existe avant que quelqu'un leur demande de tenir d'une certaine façon.

Ce n'est pas une question de lumière ou d'objectif. C'est une question de regard — savoir chercher ce qui est là avant que la surface se compose. Ce travail-là se fait ici.