Une image de ce qui reste
Il y a des choses qu'on enfouit longtemps. Pas parce qu'on le décide vraiment — mais parce qu'on ne sait pas encore quoi en faire, et qu'il faut bien continuer. On continue. Et un jour on s'aperçoit qu'elles sont toujours là, qu'elles ont simplement attendu.
Ce que ces personnes viennent chercher ici n'est pas une image de leur guérison. Pas une image de leur force. Pas la preuve qu'elles s'en sont sorties.
Une image de ce qu'elles sont — maintenant, avec tout ce que ça a coûté, et tout ce que ça a laissé dans le corps.
Le corps ne résume pas. Il garde. La façon dont on tient ses épaules. Ce qu'on fait de ses mains quand on ne sait pas quoi en faire. Ce qui passe dans le regard une fraction de seconde avant que l'expression se compose. Ce n'est pas quelque chose qu'on efface dans une séance photo. C'est quelque chose qu'on peut, pour la première fois, laisser être vu.
Ce travail ne promet pas de transformation. Il ne guérit rien. Ce qu'il fait : recevoir ce qui est là — sans le corriger, sans le dramatiser, sans lui demander d'être autre chose.
Certains arrivent avec des mots précis. D'autres avec un seul mot. Ou sans mot du tout. C'est suffisant.